Magnésium : l'ion oublié (2)

 

 

●●●    Sur le terrain de la dépression, on sait depuis longtemps qu’il existe une relation entre l’équilibre du magnésium et les troubles de l’humeur : on connaît l’efficacité du traitement – en rétablissant un taux normal, les hormo-
nes du stress diminuent –, largement prescrit il y a cinquante ans déjà mais délaissé au profit des antidépresseurs. Pourtant, chez les personnes qui souffrent d’une dépression majeure, on retrouve toujours un taux abaissé de magnésium dans le sang ainsi que dans le liquide céphalo-rachidien.

 

Chez les personnes âgées, cette déficience peut trouver son origine dans une carence nutritionnelle. Plusieurs études ont été publiées sur le lien entre hypomagnésémie et maladie d’Alzheimer, dont une par l’Inserm à Paris, en 2006 : « La carence ajoutée au stress favorise une perte des acquisitions et de la mémoire. » Plus récemment, deux autres présentations, l’une au Congrès européen sur le magnésium en 2008, l’autre au 12e Symposium international sur le magnésium en Roumanie, en 2009, qui indiquent : « Une forte concentration cérébrale en magnésium rétablit les facultés cognitives et les connexions synaptiques chez la souris atteinte d’Alzheimer. » Plus le taux de magnésium prescrit en traitement est élevé dans le cerveau, plus l’amélioration est importante : il agit en « prévenant les pertes de synapses ».

De même, des travaux ont montré que la déficience sur plusieurs générations est associée au développement de la maladie de Parkinson. Le mécanisme exact reste inconnu mais il semble lié à un anomalie de son transport.

 

Le magnésium possède aussi de nombreux autres rôles, plus reconnus : il participe au métabolisme des glucides et des lipides, et à la synthèse des protéines. Il contribue à la croissance, la mémoire, aux mécanismes de défense immunitaire, au transit intestinal. Il agit sur la thyroïde : une carence peut induire une hypothyroïdie. Il a été utilisé avec succès dans les cas de polio. Quant aux os, on sait qu’il agit sur le métabolisme du calcium auquel il est étroitement lié, d’où le risque d’ostéoporose.

 

L’étude Suvimax a montré que les Français sont massivement carencés en magnésium : 75 % des hommes et 77 % des femmes absorbent une quantité inférieure aux « apports nutritionnels conseillés » [lire Quel magnésium pour quel dosage ?]. Les causes peuvent être multiples. D’abord l’alimentation : les sols appauvris par l’exploitation intensive et l’utilisation abusive d’engrais entraîne une diminution de la teneur en magnésium dans les cultures. Egalement, la mauvaise alimentation (snacking) et la restriction alimentaire (régime). Ensuite, cette carence peut être due à un trouble de l’absorption intestinale ou une perte rénale, à une forte consommation d’alcool qui augmente l’élimination rénale, tout comme le café. Enfin, de nombreux médicaments couramment absorbés (anti-asthmatiques, cardiovasculaires, diurétiques…) provoquent des insuffisances.

 

Mais il semble de plus en plus évident qu’une déficience sévère soit très souvent d’origine génétique : une anomalie du transport du magnésium dans la cellule. Selon des travaux récents, le magnésium a une action sur les gènes car il est impliqué à la fois dans la stabilisation et la dégradation de la structure de l’ADN : ainsi, l’anomalie de la carence se transmet de génération en génération.

 

Malgré ses bienfaits, le magnésium reste sous-estimé, à commencer par les professionnels de santé eux-mêmes. Pourtant, en prévention comme en traitement, pour des symptômes bénins ou des pathologies plus invalidantes, il améliore le quotidien et permet d'aborder la vie avec un regard plus positif. Un minéral à réintégrer d'urgence.

 

Francine Gaspari

(Principes de Santé n° 35, juin 2011)

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