Le vieillissement des sens (3)

 

●●●    La perte de sensibilité semble démarrer vers l'âge de 50 ans.
On l'attribue à des changements légers de la circulation sanguine. À partir
de 70 ans, le sens du toucher peut diminuer de 20 à 30 % par tranche de dix ans, d'où une maladresse souvent constatée. Un chiffre important qui peut inquiéter, mais il faut pourtant relativiser : cette perte est ressentie de manière infime, au regard la sensibilité extrêmement développée de notre toucher. Au fur et à mesure du vieillissement, il y a aussi une baisse du temps de réaction, mais insignifiante : une personne de 80 ans en bonne santé ne laissera pas sa main sur le feu.

 

Deuxième organe tactile après la peau : la bouche. Parent pauvre de ce cinquième sens, elle est pourtant d'une importance capitale. « Le problème
de la sensibilité de la muqueuse buccale n'est pas suffisamment pris en compte, d'un point de vue médical et dentaire,
 déplore le Dr Jean Azerad, spécialiste en somesthésie et enseignant en physiologie neurofaciale à la faculté de chirurgie dentaire Paris-VII. Et dans le processus de vieillissement, cela peut entraîner des conséquences graves. »

 

Premier choc vers le passage de l'âge avancé : la perte des dents. Avec
une vraie dent, on a une capacité tactile de l'ordre du gramme ; on passe à 100 grammes avec une prothèse amovible. L'effort musculaire et articulaire est plus sollicité, au détriment de la sensation. À force, la personne ne fera plus la différence tactile entre le pain et le poulet, perdra la sensation du croustillant. Résultat : elle se nourrie moins, ou plus mal, et biaisera sur la qualité des aliments.

 

 

● La vue : tous égaux


C'est probablement le sens qui promet, à égalité, le même avenir pour
tous les individus. Il représente la perception essentielle à la communication :
80 % des informations que nous recevons passent par l'œil qui la régit, véri-
table prolongement direct du cerveau. Plus sensible qu'une caméra, ce petit organe complexe et fragile de 7 grammes analyse, interprète et traduit même nos émotions.

 

Sa partie la plus importante : le globe oculaire, qui est le véritable organe
de la vue. La lumière traverse d'abord la cornée (qui assure la focalisation).
Sa quantité est ensuite modulée grâce à l'iris (partie colorée de l'œil) et la pupille (tache noire au cœur de l'iris). Autorisée à poursuivre son chemin,
elle traverse alors le cristallin (qui permet la mise au point des images).
Cette lentille transparente infléchit les rayons lumineux et projette l'image à l'envers sur la rétine (au fond du globe oculaire). Celle-ci transforme l'énergie lumineuse en messages électriques, transmis au cerveau par le nerf optique.

 

C'est le cristallin qui, le premier, va subir les effets du vieillissement. À la naissance, un œil normal voit net de 5 cm à l'infini, de 12 cm à l'infini à 30 ans et de 50 cm à l'infini à 50 ans. Lorsque l'œil a du mal à se focaliser sur des objets situés près de lui, la gêne s'installe : on parle alors de presbytie. Passée la cinquantaine, tout le monde est presbyte : c'est la conséquence d'un processus normal de vieillissement de l'œil. « Ce n'est pas une mala-
die,
explique le Pr Laurent Laroche, de l'hôpital des Quinze-Vingts, mais un phénomène naturel, purement physiologique. C'est la modification de la cour-
bure du cristallin qui permet de voir net à toutes les distances. En vieillissant, les cellules situées au fond du cristallin meurent : coincé sous des couches mortes, il perd de son élasticité, se raidit et l'œil accommode donc de moins
en moins bien. »
Un peu comme si une ampoule de 75 watts se réduisait pro-
gressivement à une puissance de 60 watts.

 

La survenue de ce trouble est variable : il peut apparaître plus tôt chez des personnes effectuant des tâches minutieuses, mais il peut être aussi favorisé par certaines affections comme le diabète, les maladies cardio-vasculaires
ou certains médicaments. Les hypermétropes sont touchés plus précocement,
et les myopes plus tardivement. Rien ne peut empêcher l'évolution de la presbytie : on peut juste la corriger par le port de lunettes dont la puissance est renforcée au fur et à mesure du vieillissement de l'œil. Ce que l'on sait
en revanche, c'est que les rayons ultraviolets et la chaleur accélèrent son développement.

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