Le vieillissement des sens (4)

 

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● L'ouie : une fragilité précoce

 

L'oreille représente l'organe des sens qui subit le vieillissement le plus rapide mais aussi le plus précoce. Elle possède deux fonctions différentes : les sons et l'équilibre. Dans le cadre des sens, c'est la fonction de l'audition qui nous intéresse.

 

L'oreille externe capte les sons qui s'engouffrent dans le conduit auditif,
puis se heurtent au tympan : cette fragile membrane vibre. Les vibrations sont transmises par une chaîne de trois osselets qui eux-mêmes les envoient dans la partie la plus interne de l'oreille, le limaçon (ou cochlée), ainsi nommé en raison de sa forme en coquille d'escargot. Lorsque celui-ci les reçoit, les innombrables cils qu'il possède bougent à leur tour. Chacun d'entre eux est relié à une cellule nerveuse, le tout constituant le nerf auditif au rôle essentiel puisqu'il transmet l'information sonore au cerveau qui la décrypte. Les cils du limaçon représentent les micros de l'oreille interne : comme sur les touches d'un piano, à chaque cellule correspond une fréquence particulière.

 

Deux processus de vieillissement interviennent progressivement. D'abord celui qui touche les cils du limaçon, à partir de l'âge de 20 ans : premières cellules réceptrices, elles correspondent aux fréquences les plus aiguës.
Ce sont les plus fragiles : il faut une pression plus élevée pour faire vibrer un petit micro aigu que pour faire sonner un grave. Ces cellules travaillent plus et s'altèrent donc les premières. Mais pas d'affolement : ces fréquences sont si hautes que nous ne les percevons même pas au quotidien et leur perte ne nous affecte en rien.

 

Le second processus provient de l'altération des vaisseaux qui, dans l'oreille interne, forme un réseau terminal. « Logiquement, lorsqu'un vaisseau est bou-
ché (excepté pour le cœur), un autre prend le relais pour vasculariser le terri-
toire. Sauf dans l'oreille : aucun vaisseau ne vient suppléer ce manque d'oxy-
gène »,
explique le Dr Laurent Frémont, médecin ORL à l'hôpital Lariboisière. Résultat, la zone de petits micros qui n'est plus vascularisée meurt : l'audition en souffre automatiquement. « Dans le mécanisme de vieillissement de l'oreille, ce trouble du métabolisme d'oxygénation représente un problème majeur », conclut-il.

 

Le résultat de ce long processus entraîne une pathologie fréquente, la presbyacousie, définie par trois types d'atteinte : l'hypoacousie (le fait de mal entendre), les troubles de compréhension et les acouphènes. Vers 60 ans,
les « fréquences utiles » commencent à disparaître. À cet âge, une personne sur deux souffre de perte auditive, incidence qui augmente puisqu'elle atteint 65 % à 70 ans et 81 % à 80 ans !

 

Cette baisse quantitative du son est souvent accompagnée d'une baisse qualitative qui engendre des troubles de la compréhension. « Si on envoie une fréquence de 1001 Hz sur une cellule qui doit vibrer à 1000 Hz, elle ne va pas réagir, ce qui est normal, explique le Dr Laurent Frémont. En revanche,
si on applique ce procédé chez un sujet atteint de presbyacousie, cette même cellule va anormalement vibrer : la "discrimination" (ou sélection) des fréquen-
ces est atteinte. »
 Le cerveau va alors entendre cette fréquence de 1001 Hz, et le son sera perçu différemment. « Un presbyacousique souffrant d'une atteinte auditive faible peut très bien avoir des troubles de compréhension majeure à cause de ce phénomène de distorsion », ajoute-t-il. Lorsque l'on appelle une personne dans un environnement bruyant, on comprend alors mieux pourquoi elle ne sait pas d'où vient le son : l'appel qui arrive à ses oreilles est complète-
ment déformé.

 

Troisième et dernière atteinte qui accompagne la presbyacousie : les acou-
phènes, dont souffre 14 à 17 % de la population après 60 ans. Ils se caracté-
risent par des bourdonnements ou des sifflements permanents dans l'une ou l'autre oreille, bien qu'il n'y ait aucun son produit dans l'environnement immé-
diat. Les personnes en souffrent souvent plus que de la perte auditive elle-même.

 

Si nul organe ne peut échapper à la dégénérescence des cellules, certains comportements peuvent tout de même nous garder d'un vieillissement préco-
ce de nos cinq sens. Pour prolonger notre vue dans le temps, on abusera à volonté des lunettes de soleil. On évitera toute exposition prolongée à des bruits assourdissants, quitte à mettre des bouchons dans les oreilles. On hydratera beaucoup notre peau : moins elle sera desséchée (et donc racor-
nie), plus elle restera sensible. Bref, on stimulera toutes nos perceptions. Car, de ce tableau, on peut retenir au moins une bonne nouvelle : les sens, et par extension le cerveau, ne s'usent que si l'on ne s'en sert pas !

 

Francine Gaspari

(Marie France, juin 2001)

 

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